L'Argentine et son tourisme deviennent des nouvelles victimes de la dengue, maladie tropicale due à un virus transmis par les moustiques, après la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, déjà très touchés.
"C'est une épidémie", a dit à l'AFP Jorge Yabkowski, président de la Fédération syndicale des professionnels de la Santé (FESPROSA), qui regroupe 20.000 médecins des hôpitaux publics de 18 provinces argentines.
"Il y avait plus de 20.000 cas vendredi : nous dépassons aujourd'hui les 30.000 cas", a-t-il ajouté, alors que le gouvernement ne recense que 7.415 cas.
Cette épidémie se traduit par une baisse du tourisme dans le nord en pleines vacances de Pâques. Dans la province de Jujuy, très prisée des étrangers à cause du site "Quebrada de Humahuaca", 30% des réservations ont été annulées la semaine dernière, selon l'Office de tourisme local. A Catamarca (nord-ouest) l'annulation des réservations dépasse 60%, selon l'Office de tourisme local.
Sur son site de conseils aux voyageurs, sous l'intitulé "Dernière minute", le ministère français des Affaires étrangères prévient : "Cette maladie peut être grave, voire mortelle, et il n?existe ni vaccin ni traitement".
"Il est impératif pour les visiteurs des zones concernées de se prémunir contre les piqûres de moustique", écrit le Quai d'Orsay, en précisant que les provinces les plus affectées sont le Chaco, Salta, Catamarca et Jujuy.
M. Yabkowski assure que le gouvernement argentin manipule les chiffres en ne tenant compte que des cas "confirmés par un laboratoire : ils ne prennent pas en compte les cas de fièvre en zone atteinte par la dengue". Or, "les cas de fièvre en zone touchée par la dengue constituent des cas de dengue", dit-il.
"Il y a donc un sous-recensement" officiel, selon ce responsable qui dénonce "des pressions du gouvernement, qui a envoyé une circulaire le 29 mars interdisant aux professionnels de la santé de parler de +dengue+ et les encourageant à n'y voir que des cas de fièvre".
A Charata, foyer de dengue dans la province de Chaco (nord), "nous avons entre 400 et 600 cas par jour", précise M. Yabkowski. "Nous dépassons les 10.000 cas" dans cette seule zone, dit-il.
L'épidémie "est en train de se propager rapidement", a poursuivi ce responsable. Il fait valoir qu'il y a désormais "des cas de dengue autochtone à Buenos Aires", où des fumigations sont réalisées, alors que les dernières épidémies de dengue avaient été éradiquées en Argentine dans les années 50.
Le gouvernement a admis mardi que six personnes étaient mortes de dengue depuis janvier mais plusieurs autres cas de décès sont en train d'être examinés.
Sommée au Sénat de dire si le pays était devant une épidémie, la ministre de la Santé Graciela Ocaña a refusé mardi soir de se prononcer, se contentant de reconnaître qu'il y avait "beaucoup de personnes touchées"
"La plupart des cas proviennent d'autres endroits", s'est-elle défendue, sans citer aucun des pays limitrophes.
Les autorités du Brésil, de Bolivie et du Paraguay assurent toutefois que la situation est sous contrôle.
Au Brésil, le nombre de malades en 2009 est 28,6% moins important qu'en 2008, mais dans l'Etat de Bahia (nord-est), le plus touché, les cas ont augmenté de 300% avec 44.498 cas depuis janvier et un bilan de 32 morts.
Le ministère de la Santé de Bolivie estime que la dengue commence à être endiguée et prévoit que ce fléau qui a fait 22 morts et touché 40.000 personnes depuis janvier cesse d'être une épidémie fin avril.
Le Paraguay, de son côté, a eu 1.071 cas depuis le début de l'année. En 2007, neuf morts et 20.000 personnes malades avaient été recensés.
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